Dominique DELSATE

Research associate of the

Musée d'Histoire naturelle de Luxembourg
Centre de Recherches Scientifiques - Paléontologie
25, Rue Munster
L-2160 Luxembourg

 

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Travaux en cours au MNHN

1° : MISE en FICHIER informatique "Access" de la BIBLIOTHEQUE Maubeuge :

Cette Bibliothèque est un véritable instrument de travail, don du Dr PL Maubeuge (Nancy) au Mnhn Luxembourg, principalement dédiée aux Ammonites du Jurassique, en particulier de Lorraine et du Nord Est du Bassin de Paris, mais aussi à d'autres Invertébrés de régions variées, à la Stratigraphie et Biostratigraphie du Trias et du Jurassique, ainsi qu'à la Géologie pétrolière, houillère, saline. Plus de 10.000 titres, dont livres, monographies et tirés-à-part, sont déjà répertoriés, et des demandes d'ouvrages ou de copies de tirés-à-part peuvent déjà être prises en considération : courrier à Teddy CONTRERAS / Centre de Recherces Scientifiques - 25 Rue Münster - L-2160 Luxembourg.

2° Paléontologie des Vertébrés du Paléozoïque et du Mésozoïque grand ducaux et limitrophes : résumé des travaux récents ou en cours.

2.A. Les plus anciens vertébrés du Luxembourg : il s'agit des Poissons Placodermes Arthrodires (du groupe des Brachythoraci), dont deux plaques de carapace osseuse ont été découvertes, l'une ventrale et l'autre dorsale, de deux localités, datées de l'Emsien (Dévonien). Le Dévonien belge, allemand, anglais, français, avait livré déjà d'abondants résidus des Poissons cuirassés, néanmoins cette occurrence au Luxembourg n'a été reconnue que tout récemment, et peut avoir des conséquences intéressantes sur les reconstitutions paléogéographiques, ainsi que sur les hypothèses concernant le mode de vie de ces poissons, réputés d'eau douce, mais associés ici à une faune nettement marine (Spirifer, trilobites). Références : Antun; Delsate, 1997; Blieck, Lelièvre, Delsate et Godefroid, 1998.

2.B. Les Requins, poissons cartilagineux : le matériel est rare, mais fait néanmoins l'objet d'une étude systématique, qui a permis d'identifier de nombreux groupes, malheureusement encore mal connus au Jurassique, ou en mal de révision moderne. Ainsi les Hybodontiformes, les Palaeospinacidae, les Batomorphes. Les dents sont proches du millimètre, ou sont parfois centimétriques.

Muschelkalk : couches à Ceratites : Delsate & Duffin , 1999 : A New fish fauna from the Middle Triassic (Upper Muschelkalk) of Moersdorf (Grand Duchy of Luxembourg). Trav. sci. Mus. nat. hist. nat. Lux. n° 32 , année 2000. A fishes fauna is described from the Upper Muschelkalk (Middle Triassic) of Moersdorf in the eastern Grand Duchy of Luxembourg. It contains the chondrichthyans Hybodontidae  Hybodus plicatilis Agassiz 1843, the Acrodontidae  morphotypes of Acrodus gaillardoti Agassiz 1837 and Acrodus lateralis Agassiz 1839, Acrodus cfr substriatus (Schmid), Acrodus mutteri sp. nov, Polyacrodontidae  Palaeobates angustissimus (Agassiz, 1838), Polyacrodus spp., Lissodus cristatus sp. nov., Lissodus sp. ; a preliminary list of the Actinopterygian tooth morphotypes is introduced, mostly indicating the Perleidiformes.

Keuper : Norien : « Hybodus » minor, Lissodus lepagei, Synechodontiformes : Nemacanthus monilifer.

Rhétien : (Syren) « Hybodus » minor, Lissodus minimus, Polyacrodus sp,  Galeomorphii Pseudocetorhinus pickfordi, Squalomorphii Synechodontiformes : Synechodus rhaeticus , incertae sedis Nemacanthus monilifer.

Hettangien : Hybodontoidea : aiguillon de nageoire, Acrodus nobilis vel anningiae, Myriacanthidae : Halonodon luxembourgensis.

Sinémurien : Acrodus nobilis (Un bel ensemble de dents centimétriques d'Acrodus d'un même spécimen a été décrit, au départ d'une pièce des anciennes collections).

Lotharingien-Pliensbachien : Palaeospinacidae

Toarcien : Zone à falcifer : Hybodus hauffianus

Zone à bifrons : Hybodus hauffianus, Hybodus cfr grossiconus

Zone à crassum : Palaeospinacidae, Orectolobiformes : Annea sp., cfr Hemiscyllium, Palaeobrachaelurus cfr alisonae, Heterodontiformes : Heterodontus sarstedtensis. Incertae sedis : Protospinax sp., Jurobatos sp. ; Batomorphii indet.

Bajocien inférieur : Asteracanthus sp., Synechodus sp.

Bajocien moyen : Asteracanthus cfr magnus, Sphenodus sp., Synechodus sp., Orectolobiformes, Protospinax sp. (Merci à Robi Weis et Ben Thuy).

En conclusion : les Hybodontiformes prédominent largement au Trias et au Lias inférieur, mais les Néosélaciens sont déjà variés (Synéchodontiformes) ; les Néosélaciens se multiplient à partir du Toarcien , les Hybodontiformes y restant néanmoins très bien représentés.

Références : Duffin, 1988; Delsate , 1992, 1995,1997

2.C. Les schistes bitumineux du Toarcien. Déjà Woodward 1938 jugeait passionnante la découverte de Pachycormus dans les « Schistes cartons » d' Esch. A l'époque, le gisement marquant était Holzmaden, mais déjà Winkler à la fin du 19ème siècle décrivait un Lepidotes du Toarcien belge voisin (Saint-Mard). Les années 1960 avaient à Athus, en Lorraine belge, sous l'impulsion de E. Fouss et de E. Casier, livré une riche faune de Poissons, accompagnant quelques ossements d'Ichthyosaure. Finalement, le Toarcien luxembourgeois s'est avéré beaucoup plus riche qu'en Belgique et a livré de superbes reptiles marins, à côté des Poissons.

2C1. Stratigraphie, lithologie, sédimentologie du Toarcien inférieur des Luxembourg belge et grand-ducal :

La base du Toarcien (Zone à Semicelatum) débute au sommet de la Formation d'Aubange (Boulvain et alii, 1995), au sein des marnes gris-bleu du Membre d'Ottemt : marnes bioturbées à Bivalves et Brachiopodes micromorphes, Ammonites, Dinoflagellés abondants, pollens rares : milieu oxygéné relativement profond, conditions marines "normales" favorables aux Ammonites. La transition à la Formation de Grandcourt s'effectue via un niveau condensé à Bioclastes grossiers et ossements : phase régressive, milieu agité soumis aux vagues, réduction des Dinoflagellés, augmentation des pollens : milieu marin turbulent et peu profond (Laenen 1991)

La Formation de Grandcourt (Boulvain et al., en prép.) est constituée à sa base d'argiles et marnes, lamines silto-calcaires, finement feuilletées, grises, généralement bitumineuses (Membre des schistes cartons) avec nodules ou lentilles ou bancs calcaires, puis passe plus haut à des marnes plus sableuses et riches en septarias, et également feuiletées. Par rapport à la Formation d'Aubange sous-jacente (grès argilo-calcaires avec lumachelles et bioturbation), ces faciès sont nettement anoxiques. Il s'agit d'une phase transgressive, moins turbulente et permettant à nouveau la sédimentation argileuse, avec approfondissement de la couche d'eau, milieu favorable à l'abondance et à la diversité des Ammonites. Le fond marin, non perturbé car sédimenté en eau réductrice, assure une préservation optimale de la matière organique. La Palynologie (Roche, in Boulvain et al., en prép.), montre un assemblage formé de Spheropollenites spp., Cerebropollenites mesozoicus, Chasmatosporites sp. et bisaccates sp. Des palynomorphes aquatiques sont representés par Tasmanites sp. Le palynofaciès typique est caractérisé par une fraction organique amorphe dominante associée à Tasmanites sp. et Spheropollenites spp, accompagnés de fragments de Pyrofusinite et des autres miospores (Cerebropollenites mesozoicus, Chasmatosporites spp.). La présence d'Algues vertes d'eau hyposaline et froide (Prasinophytes : Laenen 1991), arrivant du Nord, est un bon argument pour l'hypothèse d'une mer à deux corps d'eau de température différente, le climat local sur la Téthys étant tropical. La vie grouillante en surface, adaptée aux herbiers algaires et aux bois flottés, est attestée par l'abondance de la fraction organique et des vertébrés et invertébrés. Dans la partie supérieure de la Formation (Marnes de Grandcourt), le palynofaciès montre une diminution progressive de la fraction amorphe et, corrélativement, un enrichissement en éléments figurés continentaux. Le palynofaciès de l'épisode à Braunianus (Crassum schichten), comprenant des acritarches nouveaux, évoque l'ouverture marine maximale de la zone lorraine vers le Bassin de Paris.

- 2C2. Pour information, les Reptiles du Toarcien luxembourgeois ont fait l'objet de la Thèse de Doctorat de Pascal Godefroit : Ichthyopterygia Ichthyosauria Stenopterygius quadriscissus, S. longifrons, S. hauffianus, Leptopterygiidae Eurhinosaurus longirostris ; Sauropterygia Plesiosauria Elasmosauridae indéterminés ; Crocodiles Mesosuchia Teleosauridae Steneosaurus gracilirostris, Steneosaurus bollensis, et Metriorhynchidae Pelagosaurus typus.

Référence : Godefroit, 1994.

- 2C3. Les Poissons du Toarcien (Ostéichthyens ou poissons osseux, Actinoptérygiens) sont plus nombreux que les Reptiles, malheureusement souvent fragmentaires également. Avec le matériel des collections privées (voir Streitz 1985), plus de 300 spécimens sont actuellement étudiés, dont la liste est proche de celle du Toarcien de Holzmaden, avec néanmoins des variations dans les proportions des divers groupes. Les faunes de Poissons du Jurassique inférieur (Lias) d'Europe sont connues d'Allemagne (entre autres, Holzmaden et Dotternhausen dans le Baden-Württemberg ; plusieurs localités en Allemagne du Nord-Ouest et en Bavière) (voir par exemple Hauff , Thies ), d'Angleterre méridionale (Lyme Regis, Whitby) et de quelques gisements en France et Italie. Holzmaden, Lyme Regis and Whitby sont des Lagerstätte renommés ; leur faune de Poissons est connue depuis le siècle passé, mais malheureusement demeure peu étudiée. En conséquence, une détermination précise des Poissons du Jurassique inférieur n'est pas toujours possible, vu que des descriptions détaillées manquent souvent ; chaque collection peut ainsi receler des espèces inconnues. De plus, l'état fragmentaire ou mal conservé du matériel rend parfois difficile la détermination. Concernant le matériel du Toarcien inférieur, Zone à Falcifer (Lias supérieur), examiné à Luxembourg, certains des poissons sont trop incomplets ou mal conservés que pour permettre une détermination détaillée, et parfois la littérature disponible apparaît une source insuffisante d'information. Certains poissons représentent des espèces nouvelles. Une comparaison directe avec le matériel des gisements allemands sera la bienvenue. La composante principale de la liste faunique est représentée ((p) : planctonophage; (c): carnivore; (d) : durophage) par les Téléostéens Leptolepidae (p), avec Leptolepis normandica, suivis des Halécostomes Semionotidae (d) Lepidotes elvensis et des Téléostéens Pachycormidae (c), incluant Pachycormus, Euthynotus, Sauropsis, un genre nouveau (Haasichthys)* et une espèce probablement nouvelle du genre Saurostomus. Les Téléostéens Pholidophoriformes (p) sont fréquents, représentés par 3 ou 4 espèces dont une nouvelle ** et P. cfr germanica. Les Halécostomes Dapediidae (d) et Tetragonolepis semicincta (d) ne sont pas rares, par contre les Halécomorphes Caturidae (c) cfr Furo sp.ou Caturus sp. et le Chondrostéen Acidorhynchus brevirostris (c) sont très rares. Grâce à la bonne conservation de certains spécimens, des otolithes ont été trouvés in situ chez Leptolepis normandica (Delsate 1997) et Tetragonolepis semicincta (Delsate, 1999a), dont la dentition est également en cours d'étude.

*Delsate D., 1999 : Haasichthys michelsi, nov. gen., nov. sp., un nouveau Pachycormiforme (Osteichthyes, Actinopterygii) du Toarcien inférieur (Jurassique) luxembourgeois. Trav. sci. Mus. nat. hist. nat. Lux. n°32, année 1999

The Luxembourg Lower Toarcian yielded a new Pachycormiform, Haasichthys michelsi, gen. et sp. nov.. It is characterised by the association of the following features : a very low {Body Height / Standard Length} ratio of 10 +/- 1 %, the pectoral in advance of the posterior border of the opercular, the dorsal fin slightly in advance of the anal fin, calcified ring chordacentra on the whole axis, a supplementary marginal row of minute teeth on the dentary, an antero-posteriorly elongated low trapezoidal opercular. Its geographic extension is precised, as it is also present in the Holzmaden area.

Ce poisson anguiforme d'environ 30 cm de longueur totale est un Pachycormiforme attesté par sa Plaque Hypurale et son Rostrodermethmoïde pointu. Ce nouveau genre est caractérisé par l'association d'un rapport Hauteur du corps / Longueur standard très bas (10 +/- 1 %), d'une rangée marginale supplémentaire de dents minuscules sur le Dentaire, d'un Operculaire bas et allongé antéro-postérieurement, d'une Nageoire Dorsale légèrement en avance sur la Nageoire Anale courte, de Chordacentra annulaires calcifiés sur tout l'axe de la colonne. Ces critères permettent de le différencier des Pachycormiformes toarciens : Pachycormus macropterus, Pachycormus curtus, Saurostomus esocinus, Euthynotus incognitus, Euthynotus intermedius, Sauropsis, Prosauropsis, Hypsocormus.

** Delsate D., 1999 : Un Pholidophoridae nouveau (Osteichthyes, Actinopterygii) du Toarcien (Jurassique inférieur) luxembourgeois. Trav. sci. Mus. nat. hist. nat. Lux. n° 32, année 2000.

The Luxembourg Lower Toarcian yielded a new species of Pholidophoridae : ?Pholidophorus friedeni differs from known Pholidophoridae by the association of these characters : the total length is about 80 mm, the preopercular has a special shape without any large expansion of the anterior nor posterior borders of its ventral portion, but only a slight convexity of its anterior border, due to a wider ventral portion. The sensory canal is situated at an equal distance between the anterior and posterior borders, bearing at least 9 right and short canaliculi. There are 2 supraorbitals. The cheeck plates are rather long ; there are 5 infraorbitals, with a large infraorbital 3, and short infraorbitals 4 & 5, and the possibility of surnumerary suborbitals (1 or 2 main suborbitals, small vertically placed posterior suborbitals (?3), 1 dorsal small suborbital). The axial skeleton is formed by monospondylous ring chordacentra. Each fin has a similar axial length of about 10 mm. The scales are covered with ganoine, many of them are posteriorly denticulated by one to seven pectinations. Its geographic extension is precised, as it is also present in the Holzmaden

Ce poisson d'une longueur totale d'environ 8 cm diffère des Pholidophoridae connus. Le Préoperculaire a une forme spéciale, sans large expansion des bords antérieur ni postérieur de sa portion ventrale, mais avec une simple convexité en rebond de son bord antérieur, due a une portion ventrale plus large que la dorsale. Le canal sensoriel du Préoperculaire est situé à égale distance entre les bords antérieur et postérieur, portant au moins 9 canaliculi brefs et droits. Les plaques de la joue sont plutôt longues avec un large Infraorbital n° 3, des Infraorbitaux n° 4 & 5 brefs, et de possibles Suborbitaux surnuméraires (1 ou 2 Suborbitaux principaux, ?3 petits Suborbitaux postérieurs superposés, 1 petit Suborbital dorsal), les écailles sont couvertes de ganoïne, et beaucoup sont incisées par une à sept pectinations postérieures. Les longueurs axiales de chaque nageoire mesurent un peu plus d'un cm. Les squelette axial est du type monospondyle avec chordacentra annulaires. Cette espèce nouvelle est attribuée au genre Pholidophorus, en attendant une meilleure définition de ce genre.

-2C4 Conclusions paléoécologiques :

Très abondants à divers niveaux des schistes cartons et de leurs concrétions calcaires, tant en zone de Bascharage qu'à Bettembourg-Dudelange, les Pachycormiformes, prédateurs carnivores pélagiques (Aldinger 1965), les bancs de Leptolepis planctonophages, ainsi que les Sémionotiformes broyeurs de céphalopodes et autres mollusques, évoquent la pleine mer, et certainement pas un milieu proche de l'émersion. Les Caturidae et Acidorhynchus, plus rares, étaient également des prédateurs pélagiques. Les Pholidophoridae formaient probablement des bancs comme Leptolepis. L'hypothèse d'une vie intense autour des algueraies de surface est compatible avec ces conclusions (voir aussi Thies, 1991).

-2C5a Un exemple d'étude microanatomique :

Un intérêt de cette collection est de pouvoir comparer les dents isolées millimétriques du Toarcien, découverts dans les tris de Lorraine des 3 pays (Halanzy (B), Longlaville (F), et Esch-Belvaux (L), Toarcien moyen (Zone à bifrons, couches à crassum), aux dentitions in situ des spécimens des schistes bitumineux et nodules calcaires du Toarcien inférieur. Ainsi cette méthode a permis de résoudre la question des dents de Poissons étrangement multicupsides, avec cuspides réparties en cercle ou en ligne (généralement les dents des poissons actinoptérygiens sont styliformes, parfois hémisphèriques "molariformes", ou "incisiformes", en "pelle"). Le hasard des recherches a lié l'Université de Hanovre au Mnhn de Luxembourg : le Dr Mudroch travaille sur l'ostéologie de Dapedium, remarquant des dents multicuspides ; simultanément à Luxembourg, des dents semblables isolées des tris de sédiments du Toarcien moyen (couches à Coeloceras crassum) sont comparées à la dentition des rangées internes de 2 spécimens de Dapedium pholidotum du Toarcien Luxembourgeois, l'un conservé à l'IRSNB, l'autre à Luxembourg. Les conclusions sont semblables, des publications sur la dentition de Dapedium exposent les conclusions. De même, d'autres dents isolées sont comparées à Acidorhynchus, aux Halécomorphes, aux Pachycormiformes,... l'étude au MEB est indispensable pour la comparaison des fins détails entre différentes dents. Des ossements isolés des mêmes sédiments sont attribuées à des éléments crâniens, Parasphénoïdes et Hyomandibulaires, de Leptolepis, qui ont laissé également dans ces sédiments leurs ossicules d'oreille interne, les otolithes.

Le genre Dapedium Leach 1822 s'étale du Trias terminal à la fin du Jurassique inférieur, et contient jusque 19 espèces (Thies 1822). Trois espèces communes du Lias terminal (Toarcien inférieur) avec de nombreux spécimens bien conservés sont : D. caelatum Quenstedt 1858, D. pholidotum (Agassiz 1832), et D. punctatum Agassiz 1835. Bien que Wenz (1967) et Thies (1988) décrivirent des spécimens de ces 3 espèces en détails, les informations concernant leur dentition demeurent insuffisantes. La raison de cette situation est que ces études sont basées presque entièrement sur des spécimens complètement articulés, très bons pour des reconstitutions de squelette, par exemple le crâne, et qui sont splendides en exposition, mais qui ne montrent pas grand chose des structures internes. Or, la connaissance des morphologies dentaires devient de plus en plus importante dans l'étude systématique des microrestes de vertébrés. Ainsi, 5 spécimens d'Allemagne et du Luxembourg ont été étudiés, à l'Université de Hanovre et au Musée de Luxembourg : Dapedium caelatum Quenstedt 1858 : SMNS 56226 - Dapedium pholidotum (Agassiz 1832) : UHH 1 - MNHNL.TU 962 - Foetz (5 km NE Esch, Luxemburg) - IRSNB.IG xx - Bascharage (10 km NW Esch, Luxemburg) et Dapedium punctatum Agassiz 1835 : SMNS 55111. Par ailleurs, les dents isolées furent triées à la loupe binoculaire à partir de sédiments concentrés, et quelques échantillons bien conservés de chaque morphotype ont été photographiés au MEB de l'Université de Trêves (Melle Kring, Pr Wagner, Pr Brückner).

-2C5b Description Systématique des Morphotypes (MT) dentaires de Dapedium du Toarcien :

Classe Osteichthyes : Sous-classe Actinopterygii : Division Halecostomi Regan 1923 : Ordre Semionotiformes Arambourg & Bertin 1958 : Famille Dapediidae Lehman 1966 : Genre Dapedium Leach 1822 :

MT 1a - unicuspide avec apex pointu; incurvée; dimensions entre 0.8 et 2.5 mm.

MT 1b - unicuspide avec apex émoussé ; parfois incurvée; dimensions supérieures à 2 mm.

MT 2 - en pelle; capuchon d'émail proéminent ; pli apical parfois déprimé (alors proche de la bicuspidie); dimensions entre 0.8 et 2 mm.

MT 3 - bicuspide avec apex pointus; dimensions entre 0.6 et 1.5 mm.

MT 4a - tri- et multicuspide (4 ou 5 cuspides) avec apex pointus ou émoussés; molariforme érigée (deux ou trois fois plus haute que large) ; dimensions entre 0.6 et 1.5 mm.

MT 4b - multicuspide (4 cuspides et plus) avec apex émoussés; molariforme plate (deux fois plus large que haute) ; dimensions entre 0.4 et 1 mm.

A la mâchoire supérieure, le Prémaxillaire porte 3-4 dents unicuspides fortes avec un capuchon d'émail conique émoussé (MT 1b). Le Maxillaire est édenté et supposé très mobile. Une rangée de dents plus petites, principalement unicuspides avec des apex pointus (MT 1a) repose sur un os situé derrière le Maxillaire, fusionné avec le PalatoQuarré, et identifié comme Dermopalatin (Thies 1988). Le Vomer est couvert de nombreuses petites dents multicuspides émoussées avec un capuchon aplati molariforme avec de 4 à 12 apex (MT 4b). Ces dents avaient probablement une fonction triturante. La partie rostrale du Parasphénoïde porte de petites dents émoussées comme celles sur le Vomer.

La mâchoire inférieure est formée de plusieurs os fusionnés en une mandibule paire. Le coin antérodorsal du Dentaire a 2 à 4 fortes dents unicuspides (MT 1b) qui ressemblent à celles du Prémaxillaire sur son extrémité rostrale. Distalement derrière le Dentaire, se trouvent 2 Coronoïdes, chacun avec une rangée externe de dents unicuspides (MT 1a,b) ou en forme de pelle (MT2), et environ 2 rangées internes de dents bi et parfois tricuspides (MT 3,4). Situé lingualement derrière les Coronoïdes, le PréArticulaire est couvert de petites dents émoussées multicuspides (MT 4b) qui ressemblent à celles du Vomer. Le Splénial sur la partie ventrale de l'élément mandibulaire est édenté, comme l'Angulaire et le SusAngulaire sur la partie caudale.

2.D. De même est en cours une étude extensive de divers niveaux du Trias et du Jurassique inférieur et moyen des Luxembourg grand-ducal et belge, répertoriant les éléments isolés (dents, écailles) de Poissons et Requins et tentant de les identifier au moins au niveau générique.

2.E. Etude des reptiles volants ou Ptérosaures de Lorraine :

Ces « dragons » ont laissé leurs dents plurimillimétriques dans les sédiments du Trias, (Norien de Medernach, Rhétien de Syren), mais aussi leurs ossements dans le Toarcien, (Lias supérieur) de Lorraine, et spécialement de Nancy, dont un spécimen déterminable est en cours de préparation et de description (Delsate & Wild). Les genres sont différents, et la dentition très spécialisée. Les formes du Trias, rapprochées d‘Eudimorphodon, présentent des dents antérieures à couronne comprimée lingualement et convexe labialement, et des dents latérales comprimées, à plusieurs cuspides accessoires flanquant asymétriquement une cuspide centrale.

2.F. Etude des Dinosaures du Grand Duché de Luxembourg :

Les sédiments mésozoïques du GDL sont réputés marins, et on exclut généralement l'idée de trouver un Dinosaure au Luxembourg. Il n'empêche que l'origine deltaïque de sédiments mésozoïques est reconnue (Grès de Luxembourg par exemple, voir Müller in Allouc et alii, Synthèse géologique du Bassin de Paris), ce qui laissait certains espoirs. Effectivement quelques ossements sporadiques de Dinosaures ont été découverts dans l'Hettangien luxembourgeois, ils sont encore en cours de dégagement et étude : une phalange est spécialement intéressante car relativement bien conservée. Les phalanges des dinosaures ne sont pas des éléments très diagnostiques, d'où le peu d'intérêt qu'on leur porte généralement. Il n'existe aucun travail synthétique présentant une revue différentielle des différents types de phalanges, ou même de métapodes, chez les dinosaures. Concernant l'Hettangien, les premières comparaisons portent sur l'Ornithischien à armure d'ostéodermes Scelidosaurus du Lias anglais, les Saurischiens Prosauropodes (Plateosaurus), les Saurischiens Théropodes Cératosaures (formes dérivées de Mégalosaure), mais dont aucune description de phalanges n'est disponible. Des comparaisons avec du matériel contemporain anglais et allemand sont en cours. Il ne s'agit pas là de la seule occurrence de Dinosaures au Luxembourg : une dent millimétrique du Norien de la région de Larochette et une autre du Rhétien de Syren évoquent fort les Ornithischiens primitifs. Signalons que les fouilles dans le Rhétien de Belgique fournissent également des dents d'Archosaures susceptibles de se révéler appartenir aux Dinosaures. Par ailleurs, tout près de la fontière belgo-luxembourgeoise, la base du Toarcien a livré une dent attribuable aux Théropodes (observations Godefroit et Delsate).

2.G. Exploration des sédiments de la fin du Trias à la recherche des premiers mammifères et de leurs ancêtres :

Plusieurs niveaux à ossements sont connus, dont deux ont jusqu'à présent été intensément étudiés Le Norien de Medernach, et le Rhétien de Syren. Le premier, mis en évidence par Müller et Hary, puis étudié par Wouters, Lepage, Coupatez, Hahn, Wild puis Duffin, Milner et Delsate, puis Cuny, Godefroit et Martin, est surtout riche en éléments d'Amphibiens, à côté des Poissons et Requins, mais aussi des dents de Ptérosaures et de Cynodontes, cousins reptiliens des mammifères. Nous ajoutons par nos tris récents *** quelques éléments terrestres à la liste faunique du Steinmergelgruppe de Medernach, décidément très riche en éléments continentaux . Un fragment de dent est attribué aux Morganucodontidae, un groupe éteint de mammifères primitifs (Cuny et al.).

*** Delsate D., 1999 : Reptiles terrestres (Lepidosauromorpha et Traversodontidae) du Trias supérieur de Medernach (Grand Duché de Luxembourg). Travaux scientifiques du Musée national d'Histoire naturelle de Luxembourg, n°32, année 1999. Further sediments sortings from the Medernach (Larochette) bone-bed provided new continental vertebrates remains. The sphenodontid Clevosaurus is represented by a dentary with 2 preserved typical teeth, several teeth are tentatively attributed to non sphenodontid Lepidosauromorpha. Traversodontids mammals are represented by 2 different morphotypes, a very eroded upper postcanine and a lower postcanine.

Le matériel des fouilles de sauvetage de Syren (Rhétien) est étudié en collaboration avec l'IRSNB (P. Godefroit) et l'Université de Bristol (G.Cuny). Le gisement livre des dents de Phytosaures, reptiles d'eau douce de morphologie crocodilienne, des dents de Ptérosaures, une dent de Dinosaure probable, des dents de Cynodontes, des dents millimétriques de mammifères des 3 grands groupes : Haramiyidae à cuspides en rangées parallèles, Triconodontes à cuspides en ligne, et Kuehneotheriidae à cuspides en triangle, ce dernier à l'origine des mammifères modernes à molaires broyantes-sécantes. Syren livre aussi quantité de dents de Poissons marins, osseux ou cartilagineux, mais aussi de Dipneustes, supposés vivre en eau douce. L'explication d'un tel mélange réside dans l'origine deltaïque des sédiments, drainant des éléments fauniques du continent ou des fleuves, et les mêlant aux éléments marins. Les sédiments de Syren sont également riches en miospores de conifères, qui ont permis une datation rhétienne précise (M. Roche). Les gisements de mammifères rhétiens correctement corrélables aux divisions palynologiques sont rares, et Syren offre l'avantage d'une faune caractéristique, bien datée par une association de miospores typique du Rhétien. Les faunes de reptiles mammaliens du Rhétien sont encore peu connues, or ceux-ci sont abondants et variés à Syren. De même pour les mammifères : les quelques groupes connus de l'époque sont représentés par un faible nombre d'espèces, et chaque nouveau gisement pourrait en élargir la diversité, avec implications possibles dans les reconstitutions phylétiques. La faune de Syren est comparée à celle des gisements lorrains d'âge voisin. La ressemblance entre la faune de Cynodontes et de Mammifères de Syren et celle de Saint-Nicolas-de-Port est frappante. D'âge Norien supérieur probable, Saint-Nicolas-de-Port (Nancy) offre la faune la plus riche, complétée par certains groupes de requins, des amphibiens et des lézards, des cynodontes très variés parmi lesquels des Traversodontes, des mammifères Theroteinidae (peut-être identiques aux Paulchoffatiidae d'Habay?), et les Theria Woutersiidae en plus des Kuehneotheriidae. A proximité, le gisement de Varangéville, étudié par P. Godefroit, a livré Haramiyidae, Morganucodontidae, Sinocodontidae et Woutersiidae. Dans le Jura, Boisset a livré Haramiyidae et Kuehneotheriidae. Rhétiens, Habay-la-Vieille et Attert (Belgique) livrent également en plus de Syren : Placodus, des sphénodontides, des cynodontes Traversodontidae et un mammifère multituberculé Paulchoffatiidae, Mojo. En Suisse, le Rhétien d'Hallau donne Haramiyidae et Morganucodontidae. En Allemagne, Halberstadt et Tübingen, de datation imprécise, probablement plus anciens que le Rhétien, ont fourni des Haramiyidae. Au Royaume Uni, Emborough livre une faune de Kuehneotheriidae, et les fissures de Holwell des Haramiyidae.

Ces gisements confirment donc la bonne position du Grand Duché sur la bordure orientale du Bassin de Paris, considérée comme la zone la plus riche au monde pour la recherche et l'étude des mammifères primitifs ! En effet, les résultats des 30 dernières années désignent la Lorraine comme un formidable terrain de recherches sur l'origine des Mammifères et bien d'autres grands groupes de vertébrés, y compris les Dinosaures.

Il faut espérer que la multiplication des études sur les palynofaciès et le cortège de minéraux accompagnant les faunes de vertébrés rhétiens permettra des reconstitutions paléogéographiques de plus en plus précises : une hypothèse permise par l'étude des minéraux du bone-bed de Syren (Dr Simon Philippo) attribue l'origine des sédiments à l'Hünsrück émergé...(qui était peut-être aussi le continent portant les vertébrés terrestres, dont les restes furent charriés par un grand fleuve et son delta ?).

Références : Cuny, Godefroit & Martin, 1995 ; Delsate, 1998, Delsate, sous presse, Godefroit, Cuny, Delsate & Roche, 1998, Delsate et Philippo, 1998.

3. Campagne d'exploration paléomagnétique du Trias inférieur du Grand Duché et de Belgique, avec comparaisons à des coupes publiées et à leurs attribution stratigraphiques. Certains auteurs (Maubeuge, Graulich) voient dans les sédiments conglomératiques reposant sur le socle dévonien du Permien suivi de Keuper, d'autres (auteurs allemands, Wagner, Bock) y retrouvent le Buntsandstein et le Muschelkalk , les deux premiers membres de la Triade du Trias germanique. Les sédiments sont clairement d'origine fluviatile, des résidus de racine évoquent les paléosols, comme certains niveaux violets, étudiés par le Pr JF. Wagner (Université de Trêves), mais malheureusement ne contiennent ni pollen ni autre fossile, empêchant toute datation ! Or il se fait qu'un écart de 15° existe dans la position des pôles entre le Permien et le Trias, écart qui sera recherché dans les échantillons prélevés à divers niveaux de plusieurs coupes sélectionnées. Les mesures paléomagnétique sont effectuées au Centre de Physique du Globe de Dourbes, par le Dr Raoul Geeraert. Cette étude est une collaboration entre le MNHN. Luxembourg (Alain Faber, Dominique Delsate), la Fondation Universitaire Luxembourgeoise (Vincent Debbaut), l'université de Trêves (Jean Frank Wagner) et la Région Wallonne.

4. Conclusions :

En résumé, même si le Grand Duché de Luxembourg n'offre pas des coupes immenses ou des gisements ponctuels extraordinaires, la recherche paléontologique y est très active, et le matériel étudié très varié, beaucoup plus vaste bien sûr que les seuls vertébrés envisagés ici. Le Musée de Luxembourg a la chance de pouvoir compter sur la très précieuse collaboration des collectionneurs amateurs, isolés ou réunis dans l'association Amis de la Géologie, Minéralogie, Paléontologie, ou collaborateurs officiels, qui n'hésitent pas à confier ou offrir aux collections nationales leurs découvertes hors de l'ordinaire. Que leur patience, leur dévouement, leur désintérêt, soient ici remerciés. Je ne citerai que ceux que je connais personnellement : Marc FRIEDEN, Robby HAAS, Hubert HUYGENS, Mrs JAKOBY et KAYSER, Guy KRONZ & Liette WILMES, Helmut MEIER, Kurt MEYERS, Pit MICHAUX, Albert MICHELS, le regretté Auguste PICK, Guy RAMA, feu Monsieur ROSSI, Maggy et Nico SCHROEDER, Jean SIMON et le regretté Nick SIMON, Jean-Claude et Etienne STREITZ, Lutz STROEMANN, Ben THUY, le regretté Jean VALENTINY, Daniel et Rolly WATRINELLE, Robi WEIS.

Orientation bibliographique ou travaux en préparation

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Site Internet de Laurent Candoni : http://perso.libertysurf.fr/candoni/candoni.html